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L’Europe, c’est aussi l’affaire des chômeurs et précaires !

Geplaatst door Laurent Delavigne
Laurent Delavigne
Membre de la coordination des Marches Européennes, mandaté par le MNCP. Coordinateur de Pas à Pas, associatio...
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op donderdag, 09 oktober 2014
in France

Le mouvement des chômeurs s’est investi dans l’action européenne depuis 1997, avec une forte participation dans le cadre d’une manifestation organisée par le réseau des Marches Européennes contre le Chômage, la Précarité et les Exclusions, à Amsterdam ; manifestation qui avait alors réuni plus de 50 000 personnes. Dans un contexte où l’Europe, fondée principalement sur des bases économiques, ne prêtait pas d’attention aux aspirations sociales des citoyens, Il s’agissait de revendiquer la prise en compte de la lutte contre le chômage et la précarité au niveau européen.

Certes, le Fonds Social Européen existait depuis 1960, mais ce fonds structurel ne répondait pas à nos attentes dans un contexte de chômage de masse, et de développement des exclusions sociales.

Un nouveau titre « Emploi » a alors été intégré au Traité de l’Union Européenne en 1997, donnant lieu à la Stratégie Européenne pour l’Emploi.

Depuis lors, nous avons participé à nombre de coordinations de réseaux européens de chômeurs et précaires, nous avons essayé d’agir à travers différents leviers : le réseau des Marches Européennes contre le Chômage la Précarité et les Exclusions, le Réseau Européen des Chômeurs, le Réseau Européen de Lutte contre la Pauvreté, la plate-forme des ONG du secteur Social… Le MNCP a aussi pu exposer ses revendications dans le cadre de son travail au sein du Conseil National des Politiques de Lutte contre la Pauvreté et les Exclusions Sociales, donnant ainsi son avis sur le Plan National d’Action pour l’Inclusion Sociale, puis sur le Programme National de Réforme (Documents que chaque Etat membre doit présenter à la Commission Européenne).

 Nous avons co organisé avec le réseau des Marches Européennes et le ENU (Réseau Européen des Chômeurs) plusieurs Assemblées Européennes de Chômeurs et Précaires en Lutte, participé aux Forum Sociaux Européen…

Jamais nous n’avons réussi à nous faire entendre, mis à part les quelques liens privilégiés avec quelques parlementaires. Et ce malgré des initiatives, lancées avec très peu de moyens, qui avaient cependant probablement le mérite d’alerter les pouvoirs publics et les instances européennes de l’urgence de la situation, de l’attente forte de nombre d’organisations d’une Europe plus concernée par le sort de ses citoyens. En effet, les instances européennes, et la presse dans son ensemble, n’ont pas jugé opportun de s’intéresser à ces chômeurs qui se sont mis en marche, à travers toute l’Europe, vers Amsterdam en 1997, vers Cologne en 1999, vers Nice en 2000, vers Séville en 2002.

En 2000, nous avons travaillé d’arrache-pied pour nous faire entendre par la « convention » qui devait produire la « Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne, où nous marquions notre attachement à des valeurs comme le Droit au Travail (qui devenait le droit de travailler), ou encore le Droit au revenu.

La commission a fait fi des revendications co élaborées avec des organisations et des réseaux de l’Europe des 15, puis de l’Europe des 28, revendications travaillées par les premiers concernés lors des Assemblées des Chômeurs et Précaires, lors des Forum Sociaux Européens.

Force est de constater que la Commission continue de suivre la même ligne : recommander à chaque Etat membre de réduire les déficits publics, renouer avec la croissance pour créer de l’emploi ! Tout en affichant des objectifs chiffrés de réduction de la pauvreté…

Plus encore, quand on s’attarde sur les recommandations faites à la France (et à de nombreux autres pays), il s’agit bien souvent d’inviter à augmenter le taux d’emploi en réduisant le coût du travail, baisser les allocations des chômeurs et les différentes aides sociales pour « inciter au retour à l’emploi »

Nous le savons, cette logique conduit toujours à plus de précarité, plus de pauvreté… faut-il rappeler que dans les années 2000, le processus de Lisbonne  se fixait pour objectif, outre le fait de devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde »,  « d’éradiquer la pauvreté des enfants d’ici 2010 » ? Echec cuisant !

Aujourd’hui, la stratégie adoptée s’appelle « Europe 2020 », elle se compose de 3 axes prioritaires :

  • l’innovation,
  • l’accroissement du taux d’emploi,
  • la durabilité de la croissance… avec des objectifs chiffrés :

« un taux d’emploi global de 75% (5% de plus que dans la stratégie de Lisbonne), un budget de la recherche équivalent à 3% du PIB, une réduction de 25% de la pauvreté, ou encore une diminution de l’échec scolaire de 15 à 10%. »

Concrètement, nous observons dans les témoignages livrés lors des coordinations des Marches Européennes une montée toujours plus forte de la précarité (qui est souvent liée à la baisse du chômage), le durcissement des conditions d’accès aux systèmes d’assurance chômage, leur limitation dans le temps, le basculement des régimes d’assurance chômage vers des systèmes de solidarité qui eux aussi deviennent de plus en plus contraignants, une incitation au retour à des emplois précaires qui ressemble de plus en plus à du travail contraint, voire forcé…

Plus grave encore, les objectifs de réduction des déficits sont en parfaite contradiction avec les objectifs de réduction de la pauvreté. Enfermée dans la logique Croissance – Emploi – Réduction du coût du travail – Réduction des déficits,  les gouvernements et la commission ont remis en question les modèles de l’Etats providence. Le paroxysme est atteint aux Pays-Bas où le roi a récemment appelé à renoncer à l’Etat Providence pour aller vers la « Société de la Participation ». Nouvelle formule derrière laquelle se cache entre autre l’obligation pour les chômeurs de fournir du travail bénévole sous peine de perdre leur allocation… La Grande-Bretagne a mis en place une logique similaire avec son tout nouveau programme « Help to Work ». Les chômeurs longue durée auront en effet le choix : pointer tous les jours au job Center, ou faire du bénévolat, 30h par semaine, pendant 6 mois, en Allemagne, on contraint les chômeurs à accepter les tristement fameux « jobs à 1 € »… En France, des idées semblables ont déjà été avancée, notamment par un certain Laurent Wauquiez qui, en 2011, proposait de contraindre les RSAstes à 5h de bénévolat par semaine.. Toujours la même logique : les chômeurs profiteraient des allocations, il faudrait donc inventer des dispositifs pour les « encourager », les « remettre au travail »…

Le résultat de ces politiques, nous les connaissons : un jeu atour des chiffres du chômage, une précarité grandissante, un désespoir et une souffrance accrus de toutes celles et ceux qui subissent ce système.

Se fédérer au niveau européen est aujourd’hui fondamental, savoir ce qui se passe ailleurs permet bien souvent d’anticiper sur ce qui risque de se passer chez nous ! Enfin, on l’a vu lors des dernières élections européennes, la plupart des citoyens se sentent loin  de cette Europe. Rapprocher les citoyens de l’Europe exige qu’on nous donne les moyens d’exister, de se structurer, de défendre notre point de vue auprès des politiques et des instances européennes. C’est probablement là un des grands enjeux des années à venir.

Laurent Delavigne

Coordinateur de Pas à Pas - MNCP47

http://www.chomeurs47.fr

Article publié dans la revue "PARTAGE"

 

 

 

 

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